Le Verdon prend sa source tout près du col d'Allos (Haut Verdon), dans le massif des Trois Evêchés (2819 m). Il va se jeter dans la Durance, près de Vinon-sur-Verdon après avoir parcouru près de 175 kilomètres. Avant de s'engouffrer dans le majestueux canyon que beaucoup connaissent (Les Gorges), le Verdon a façonné une verte vallée pour finir, sillonnant entre lacs et plateaux. Cinq lacs de retenue miroitent ces beautés. Le pays du Verdon doit son nom à la couleur émeraude si particulière des rivières et de ses lacs qui s'étalent sur l'ensemble de la région.
Sa vie afflue au milieu des solitudes. C’est le fou du
Val d’Allos. Il s’est levé à l’aube pour boire à
la source solaire. Riverain des aigles et des
loups, il charrie en son sillage de solides éclats
de ciel.
Puis il devient défricheur de montagnes, de
Colmars à Saint-André, compagnon
des pasteurs. Il ne boude pas encore son plaisir de bondir.
Ensuite, il taste les filles vertes des fjords, aux étranglements
de Castillon et de Chaudanne où
se recueillent des bataillons de mouettes.
Le voilà maintenant guetteur des plateaux de
Canjuers et Valensole, entre
guerre et paix, se faufilant entre les tonnerres du canon et la
mémoire des cinq cent mille amandiers morts des mains des
lavandiers.
Puis, acculé par les Mourres, refoulé par la
citadelle des Cadières, il pourfend les chaos,
insinuant sa lame au cœur de Sainte-Croix.
C’est alors qu’il devient la mer, une mer ferme et sans marées,
honteuse de ses rives neuves, une mer atlantide qui expulse ses
enfants, dévoyée au point d’engloutir ses propres sources, comme un
dieu fou dévorant... ses parents.
Se meurt-il, le Verdon, dans cette grossesse de
lui-même ? Non, il perd sa chair fraîche, les vampires sucent son
sang vert. Muselé, moribond, il somnole sous l’œil des
vautours fauves de Rougon. Je les
ai vus tournoyer de leurs immenses ailes bordées de blanc, escouade
solidaire en quête de courants ascendants. Souverains du domaine
des gorges et des lacs, ils recyclent la mort.
Aux gorges de Baudinard, étroites, taillées à la
hache dans le gâteau calcaire, il remplit les douves géantes d’un
invisible château. Là, il est d’un étrange absolu, ni torrent, ni
rivière, ni fleuve, indéfinissable et silencieux comme une tombe au
milieu des genévriers. Dans ses yeux brillent des lumières
souterraines.
Ces gorges-là ne respirent plus, en apnée depuis quelques années.
Comment étaient-elles avant le lac de Sainte-Croix
? Tumultueuses ou apaisantes ? Comment était le
Verdon avant les lacs ? Peuplé d’ondines
malicieuses fracassant Gorgones et
Mélusines sur ses rocs saillants, ou simple rêve
d’un langoureux Poseidon ?
Ici et maintenant, il ne coule plus, il s’épand. Même à ciel
ouvert, il paraît souterrain. Le grand torrent solaire a oublié ses
origines. Ses souvenirs d’enfance se réduisent à son passé d’avant
les gorges, quand il circulait dans les réseaux karstiques et qu’il
creusait des grottes pour nos ancêtres. Il est devenu sourd à la
lumière. Il est sur cette Terre comme s’il n’y était pas encore, ou
comme s’il n’y était plus, fantôme de lui-même. Du ciel
d'Allos d'où il vient, à Gréoux
où il expire, le torrent a perdu sa vigueur, comme un ange
chassé du paradis mais gardé sa couleur, son âme d'émeraude.
Son eau de basses gorges est sans fond ni transparence, la surface
d'un autre monde. C’est du sang coagulé, une coulée de lave verte.
Le Verdon est couleur avant d’être eau, liqueur
plus que liquide, la vraie mine du vert.
Il est la source tiède des feuillages du printemps. Quand la nature
a besoin de sève pour fleurir la corbeille des oasis, c’est là
qu’elle vient puiser. Quand elle doit teinter les océans, c’est de
là qu’elle extrait ses pigments. Quand il lui faut du diamant vert,
elle pétrifie cette eau. Quand la mythologie a besoin de sirènes,
c’est là qu’elle vient les pécher et quand le peintre a besoin de
cinquante nuances d'émeraude pour ses étangs de nénuphars, c’est là
qu’il trempe ses pinceaux.
Mais si sa couleur apaise comme une médecine, sa profondeur sans
reflet effraie. Drôle de paix, drôle d'accalmie dans cette eau qui
oublie d'exister, cachant le mystère infini du néant. Trop de
paix angoisse. En se mettant au vert, on risque de s’y perdre.
Quand le Verdon est miroir, il séduit, mais il
tétanise quand il est gouffre obscur, vert-nuit sous une ombre
perpétuelle, mirage fascinant. S’il descendait dans cette nuit
verte, Orphée reviendrait-il ?
Puis les hommes lui relâchent la bride, il s’enfuit des gorges, il
reprend du poumon, et joue au lac sauvage : n’est-il pas délicieux
quand il s’alanguit à Cadenon dans un songe de
roseaux où file la pointe blanche d’un cygne ?
Mais les répits sont de courte durée. Pas de liberté pour le
Verdon, vite il faut le museler. Surtout plus de
cavalcades ! Quinson, Esparron et
Cadarache sonnent le glas de feu le torrent
solaire. Déchu, mille fois barré, pompé, pillé, escamoté, il se
perd dans le désert de la Durance, du côté de la
Désirade. Quel nom pour une fin de vie !
Je connais le rêve du Verdon, c'est un rêve
d'océan : il a toujours espéré un estuaire. Fleuve venu du ciel, il
a toujours désiré se marier avec la haute mer, ressentir le
battement des marées. Fleuve de la liberté, il avait vocation pour
l’immense. Vocation inaccomplie. Mais il savait aussi que l'homme a
besoin d'eau. Alors, généreux, il s'est offert à notre soif
insatiable de vivre et de rêver.
Le GR4 (Méditerrannée-Océan), qui va de Grasse à Royan, traverse les Alpes de Haute-Provence en passant par Entrevaux, Castellane, les Gorges du Verdon (sentier Blanc-Martel), Moustiers Sainte-Marie, Riez, le plateau de Valensole, Gréoux-les-Bains, Manosque, les Gorges d'Oppedette. Le tronçon Castellane – Chasteuil - Rougon – Point-Sublime offre des points de vue superbes sur les Gorges. La traversée des grands espaces du Plateau de Valensole, au printemps ou à l'automne, dilate la conscience.
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Plus d'informations sur le site du Parc Naturel Régional du Verdon
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